Petite histoire d’un mariage au Japon

 

A Isesaki (Japon) le 30 Juin 2010

– Et si on se mariait?

Tout a commencé par cette petite phrase tout à fait banale, lancée comme ça l’air de rien alors que j’étais sur le point d’enlever mes chaussures après une dure journée de travail.
Cinq petits mots, pas un de plus.

Et si on se mariait? L’idée me fait sourire. C’est probalement la demande en mariage la moins romantique au monde.
En même temps, face à une demande comme on en voit souvent dans les films, avec la bague, genou à terre, devant la foule, je crois que je serais partie en courant. Il m’a bien cerné, il sait que je suis aussi romantique qu’un manche à balai.
Là, c’est très bien, c’est intime. Juste lui, moi, et mes lacets de chaussures avec lesquels je me débats toujours.

Une fois mes pieds liberés, je me dis qu’il faudrait peut être répondre, quand même.
– Se marier? Mais pourquoi faire? On est déjà pacsés.
– Oui, mais…

Et oui, il y a un mais. Car mon chéri est étranger. Pour l’instant, il a son visa étudiant, mais la fin de ses études approche et le Pacs ne lui garantit pas de pouvoir obtenir un titre de séjour pour pouvoir rester avec moi ensuite. Un mariage, c’est plus « solide ».

Il continue :
– On pourrait se marier au Japon…

Au Japon? Pourquoi pas en effet… On a prévu un voyage au Japon cet été, il veut me faire découvrir son pays. Peut être qu’on pourrait caser un petit mariage dans ces dates là.

Puis il repart, vers sa vie d’étudiant à Paris. Je reste à Marseille, avec ma petite vie de fonctionnaire. On va se revoir bientôt, vive le TGV, même si c’est cher!

Pendant ce temps, je me renseigne. Le mariage civil au Japon a l’air d’être une simple formalité administrative. Pas de chichis, pas de cérémonie, simple, rapide et efficace. Cela me convient tout à fait!
Je regarde aussi les délais pour l’obtention du visa, l’ambassade annonce 3 semaines. On a prévu un séjour de 4 semaines, ça devrait aller.
Je m’occupe de réunir les documents nécessaires pour obtenir mon « Certificat de capacité à mariage », délivré par l’Ambassade de France au Japon. Ça n’a pas l’air si compliqué finalement. Quelques jours avant le départ, l’Ambassade m’appelle. Mon document est prêt, je peux aller le chercher quand je veux.

Finalement, le jour du départ arrive, et on est prêts. Avec un imprévu quand même, ayant appris à peine quelques semaines avant que j’étais enceinte.
Au stress de mon premier voyage en avion (j’ai fait fort pour un baptême de l’air) se rajoutent les nausées et autres petits désagréments de femme enceinte! Je suis aussi un peu angoissée à l’idée de rencontrer mes futurs beaux parents.

Mais le voyage se passe bien, et on atterrit à l’aéroport de Narita le 14 Juin 2010. Les beaux parents sont là, ils nous attendent, ils semblent très ouverts et sympathiques, me voilà rassurée!
Le jetlag est là aussi, auquel s’ajoute la fatigue du voyage. On se couche tôt ce soir là, sachant que le lendemain une grosse journée nous attend!

On se lève tôt pour aller à l’Ambassade et récuperer le fameux « Certificat de capacité à Mariage ». Une fois le précieux document en main, direction la mairie pour le mariage civil à proprement parler!
On a fait zéro effort niveau vestimentaire (jean, t-shirt, baskets ça ira très bien!), je suis malade, nauséeuse et fatiguée, on a vu mieux comme mariage! Mais je me rassure en voyant d’autres couples qui ont l’air d’avoir fait autant d’efforts que nous. Ils sont là pour se marier en cinq minutes, avant de retourner au travail ou à leurs activités habituelles.

C’est aussi rapide que prévu. On prend notre petit ticket, on attend qu’on nous appelle, on tend à la dame les documents demandés, une petite signature et voilà. C’est fait, omedetō gozaimasu, bonne journée, vous aussi, au revoir!

Et nous revoilà dans la rue, un peu déboussolés. On est mariés, on ne réalise pas vraiment, c’est étrange. On a encore le temps de retourner à l’Ambassade pour déposer la demande de transcription de l’acte de mariage ainsi que la demande de visa pour mon mari tout neuf!

Une fois tout ça fait, la tension diminue d’un coup. Pour remonter tout de suite après, quand il me sort :
– Au fait…

Comment ça, au fait? Au fait quoi?

Au fait, ses parents aimeraient une cérémonie au temple, avec les tenues traditionnelles. Elle aurait lieu dans le petit temple familial, le grand oncle de mon mari est moine bouddhiste et il serait plus que ravi de pouvoir diriger la cérémonie. Et si ça me dit, on peut aller essayer des tenues dans la semaine. Ah, et les moines ont étudié nos noms et dates de naissance, et ils disent que le jour le plus favorable pour cette cérémonie est le 30 Juin.
Dans deux semaines.

– Ah bon. Mais une cérémonie… tu veux dire, avec des gens et tout?
– Que toi, moi, et mes parents. Et les moines. Et les gens qui s’occupent de la location des tenues. Et ceux qui s’occupent du temple. Oh, pas plus d’une dizaine de personnes!

Ah. C’est que j’avais pas prévu ça moi. Pour moi le mariage, c’était signer un bout de papier et basta! Et puis tant qu’à faire, si on fait une cérémonie ça aurait été sympa d’avoir ma famille avec moi. Mais là, c’est prévu dans deux semaines, ça fait un peu court pour organiser un petit séjour au Japon…

Je crois comprendre que c’est important pour eux. Alors j’accepte. Et je me retrouve quelques jours plus tard au milieu de rangées de kimonos de mariage, en essayant de choisir celui que je devrais porter le jour J. En essayant d’en trouver un qui pourrait m’aller en fait, avec mes 1m82 ce n’est pas une tâche facile!
Après quelques sueurs froides, la gentille dame des essayages m’en déniche deux, un très coloré et un ivoire. L’idée de me marier en tenue colorée me plaît assez, mais le kimono ivoire est vraiment magnifique, en soie avec des sublimes broderies… Ce sera lui, finalement.
Par contre, pour les zôri (ces sandales portées avec le kimono), rien à faire. Elles sont toutes trop petites. Tant pis, on fera avec, de toutes façons je ne risque pas d’aller bien loin, avec mon kimono…

La paperasse, c’est bon. Le kimono est trouvé. Grand oncle s’occupe du temple, belle maman s’occupe des petits cadeaux offerts aux invités, beau papa du photographe et des derniers détails.
Et moi pendant ce temps, je joue à la touriste. Je visite Shibuya, Shinjuku, Odaiba, je veux profiter de tous les quartiers de Tokyo, autant que mes petits désagréments de grossesse me le permettent. On va a Disneyland, un jour de pluie, il n’y a personne, on a le parc pour nous et c’est super!

Et puis le jour J arrive. Et là le stress revient d’un coup. Je ne sais pas ce qu’on attend de moi en fait, à part rentrer dans mon kimono.
Mon mari me rassure :
– C’est pas compliqué, t’as qu’à faire comme moi.
– C’est tout?
– C’est tout.
– Et si on me parle?

Il n’a même pas le temps de me répondre, car me voilà prise dans un tourbillon. Coiffure, maquillage, habillage, je m’inquiète un peu du serrage du kimono mais les dames font très attention à mon petit ventre de femme enceinte. On m’expédie dans la voiture, et zou, direction le temple!

Il s’agit d’un mariage bouddhiste, ou butsuzenshiki. C’est une cérémonie assez rare actuellement, la plupart des mariages étant shintoïstes.
Et encore plus rare dans le cas d’un couple mixte comme le notre. On est un peu l’attraction locale, les voisins d’approchent, curieux. J’apprendrais plus tard qu’on a même eu droit à une parution dans le journal local.

Une fois dans le temple, l’ambiance est accueillante, intime. C’est un petit temple familial, tenu par le grand oncle de mon mari. Et il est magnifiquement décoré.
Nous nous approchons des sièges qui nous sont désignés, et la cérémonie peut commencer.
La statue de Bouddha est devant nous, c’est assez impressionant.

Les moines arrivent, en procession. Ils sont tous magnifiquement habillés, je trouve ça très beau!
La cérémonie peut commencer, elle sera présidée par le grand oncle de mon mari. Un tout petit bonhomme, qui semble avoir grandi d’un coup alors qu’il se tourne vers Bouddha pour prier pour le bonheur des mariés.

 

Puis, les trois coupes de saké. Enceinte, je ne peux pas boire de l’alcool, alors je ne fais que tremper mes lèvres. Je demande à mon mari si ce n’est pas grave de faire semblant, il me répond que Bouddha comprendra!

Vient alors le temps de l’attribution de nos juzu, les chapelets bouddhistes. Je ne les découvre que maintenant, ils ont été choisis par mon mari en fonction de la signification des pierres. On les tient enroulés dans nos mains au moment de prononcer nos voeux de mariage.

Je ne me souviens plus très bien, si j’ai du parler à ce moment là, ou si c’est mon mari qui l’a fait pour moi. J’ai l’impression d’avoir répété des phrases qu’on me dictait, mais c’est peut être un faux souvenir…

Ensuite viennent les offrandes à Bouddha, de l’encens et des fleurs.
Puis, on « signe » notre acte de mariage, avec l’empreinte de nos pouces.

 

Et voilà. On est mariés devant Bouddha. Ça fait quand même quelque chose!
J’étais tellement anxieuse à l’idée de cette cérémonie, et finalement tout s’est bien passé. Et je suis fière et reconnaissainte d’avoir été autorisée à porter ce beau kimono de mariage, et d’avoir pu vivre cette cérémonie si particulière.

Les jours suivants auront été consacrés à la visite de Tokyo, en attendant la délivrance du visa de mon mari. N’ayant pas de nouvelles la veille du départ, nous allons à l’Ambassade. Ils nous remettent notre Livret de Famille, mais pas de trace du visa.
Désolé, il est pas encore prêt. Revenez dans quelques jours.

Zut, ça, ça n’était pas prévu. Mais je ne peux pas rester plus longtemps, j’ai mon travail, et des examens médicaux à passer en France.
A contrecoeur, j’abandonne mon mari quelques jours, et je rentre en France toute seule.
A mon arrivée, j’apprends que l’Ambassade vient de délivrer le précieux visa. A un jour près! Je me dépêche de trouver un nouveau billet d’avion, et mon mari peut enfin me rejoindre une semaine après.
C’est le début d’une vie à deux, à trois très prochainement!

Epouser un étranger, qui plus est dans un pays inconnu dont on ne parle même pas la langue, peut sembler un pari risqué.
8 ans après, on est toujours là, toujours ensemble, et deux petites merveilles franco-japonaises nous ont rejoint entre temps. Nous ne sommes plus deux, mais quatre.
Mais tout ceci est encore une autre histoire…

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14 réflexions au sujet de « Petite histoire d’un mariage au Japon »

  1. Ax-L

    C’est une très jolie histoire et tu es magnifique dans ce kimono ! (boudiou, 1,82m !!!)
    Encore plein de longues années de bonheur à vous (je crois que Bouddha a compris 😉 )

    Répondre
    1. Mama chan Auteur de l’article

      Merci beaucoup c’est gentil! Eh oui 1m82, déjà en France c’est pas toujours simple de s’habiller, au Japon c’est presque mission impossible ^^
      Et oui, Bouddha a été compréhensif 😀

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  2. Karosweet

    J’ai adoré lire votre histoire…. et vous étiez magnifiques !! Tous mes voeux de bonheur et de longue vie à 4 !!!
    Bises. Karo

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  3. baurorenail

    très beau récit, c’était super agréable a lire et a regarder merci pour ce partage et comme on dit: meilleurs vœux de mariage et vivez heureux ensemble 🙂

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  4. vanilleetlesvernis

    coucou ma belle!! oh merci pour ce superbe article!!!!
    je te trouve magnifique dans ce kimono, tu as de la chance d’avoir pu faire ce mariage!!
    je rêve moi aussi d’un mariage à l’étranger, genre Bali, mais bon Mr n’est toujours pas prêt a faire sa demande…. au bout de 13 ans!!!! lol
    gros bizz

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